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Interview • Etienne Daho - Retour à lui



C’est avec un album intimiste qu’Etienne Daho nous revient le 5 novembre. Un album magnifique, sans concessions, à fleur de peau.
Une rencontre émouvante avec celui qui reste dans nos coeurs le petit prince de la pop.


Après votre Révolution en 2003, vous voici de retour pour une Invitation. Après "l’Orage" le beau temps ?
Il faut se méfier de ce qu’on écrit, Réévolution n’était pas un titre anodin. J’étais traversé par quelque chose, Réévolution c’est l’album d’un changement à 180 degrés, de tout. La même chose, mais en mieux. Changement musical, changement de label, changement d’environnement, de management… Quand on arrive au bout d’un système, il y a une usure de part et d’autre, ça n’empêche pas qu’on aime toujours les gens, mais on passe à autre chose. Ma plus grosse angoisse dans la vie, c’est de m’ennuyer. C’est important de provoquer des ruptures, de se faire des frayeurs, d’être dans le doute. Le doute c’est le meilleur moment de la vie, c’est quand on doute qu’on retrouve ses marques. Après on est droit dans ses bottes et là c’est le rêve.
Etienne Daho
Un rêve qui a mis quatre ans à se concrétiser. Vous étiez un peu en retrait pendant cette période ...
Absolument pas ! Entre les deux albums, il y a eu Sortir ce soir, un best of live qui a très bien marché puis j’ai passé six mois sur l’album d’Elli Medeiros. Ensuite, il y a eu un an et demi d’écriture sur L’Invitation. Je suis incapable de rester un quart d’heure sans rien faire de toute façon ! J’ai refait Pop Satori à l’Olympia en novembre 2006 ce qui m’a demandé du travail. Ca a été un moment très important pour moi d’ailleurs, joyeux, un vrai succès. Il y a eu des collaborations avec d’autres également comme Isabelle Adjani, Sandrine Kiberlain, Coralie Clément ou Alain Maneval ...
Justement, vous êtes l’un des artistes français qui collabore le plus avec des artistes très différents, venus de tous les horizons. Qu’est-ce qui vous pousse à collaborer avec les autres ?
Quand je travaille avec les autres c’est parce que je suis tombé amoureux d’un projet ou d’un artiste. C’est aussi important pour moi que mes propres disques. Ca fait partie intégrante de mon travail, j’en ai besoin. À chaque fois que je travaille pour d’autres, ça me permet de prendre de la distance pour revenir à moi. C’est un métier très axé sur soi-même, on passe son temps à parler de soi, de se voir, de s’entendre. Ca devient vite saoulant et ça met dans des inquiétudes par rapport à ce qu’on renvoie car ce qu’on a dans la tête comme image ce n’est pas du tout ce qu’on est. Parfois, c’est bien d’aller vers autre chose. Mes collaborations se sont toujours basées sur des coups de foudre artistique ou des rencontres amicales. Mais je dois faire attention, bien doser car toutes ces collaborations retardent mon travail, L’Invitation aurait pu sortir il y a un an sans mon travail pour les autres ...
Etienne Daho
Pour revenir à votre actualité, L’Invitation marque vos retrouvailles avec les guitaristes Edith Fambuena et Tox (alias Xavier Géronimi), deux compagnons de longue date ...
Le soir des 40 ans d’Edith, je lui ai dit que le meilleur était derrière moi, que je n’avais plus confiance, plus envie, plus l’énergie qu’il faut pour faire un album. Elle a senti dans quel état j’étais. Elle m’a rassuré en me disant qu’elle m’accompagnerait pour faire un nouveau disque en tant que coproductrice. C’était nos retrouvailles en effet. Quant à Tox, ça faisait des années que je lui disais de composer pour moi, depuis Pour nos vies martiennes en fait. Puis, de guerre lasse j’ai laissé tomber. Sur L’Invitation, il y a huit compositions avec Tox, nous avons une vraie complicité sur les harmoniques, c’est très rare. Il plaque un accord et je trouve tout de suite une mélodie !
Les textes de l’album apparaissent très personnels, très intimistes. On sent vraiment que vous vous dévoilez un peu plus avec cet album ...
Le fil conducteur de L’Invitation est certainement l’acceptation, ce qui lui donne un aspect très personnel en effet.Eden était mon premier retour à l’enfance, L’Invitation c’est le retour définitif. C’est un album qui donne de moi-même. C’est donc j’aime passionnément, ça me dévaste, mais après je suis très heureux ... J’ai adoré quelqu’un et cet album est une lettre d’adieu, mais avec beaucoup d’énergie, beaucoup d’espoir. Sans amertume même si je dis des choses assez dures. C’est une lettre d’adieu où on se rappelle aussi les bons souvenirs ...
Des souvenirs liés à un amour mais aussi à votre enfance. Thème très net sur deux titres au moins, Boulevard des Capucines et Cap Falcon ...
En effet, Boulevard des Capucines parle directement de mon père qui nous a abandonné, ma mère, mes soeurs et moi,en Algérie en pleine guerre. En 1986, il est réapparu dans ma vie. Il est venu me voir à l’Olympia et il a demandé à me voir. Je n’avais pas envie… Je ne l’ai jamais revu avant sa mort ... Puis, en mai 2006, on m’a remis des lettres qu’il m’avait écrites.Je les ai ouvertes et j’ai eu envie d’écrire sur cette histoire. Je m’en suis tellement voulu de lui avoir refusé l’accès aux loges, sa main tendue, ses explications… Cette chanson est une manière posthume pour lui de me dire pardon et moi de lui dire pardon. Quant à Cap Falcon c’est le lieu de mon enfance en Algérie. C’est une ouverture, je dis "Me voici", c’est frontal, on recommence quelque chose en repassant par ce qu’on a vécu tout en l’ayant compris. Revenir à l’endroit qu’on a aimé, à la personne qu’on a aimé, à soi.
Désormais vous êtes une référence dans ce métier, beaucoup d’artistes se réclament de vous comme Benjamin Biolay ou Katerine ...
Je suis content quand des artistes se réclament de moi. Ce qui m’amuse ce sont les artistes qui me le disent dans le privé mais jamais en public ... Quand on devient une "référence" c’est que l’on vieillit, mais ça ne me fait pas peur car pour moi la vieillesse est dans la tête. Je ne me sens pas vieux, j’ai conscience d’être un homme mûr, j’assume mon âge, je me regarde en photos, je me vois dans la glace et tout va bien. Je ne suis pas prêt à me faire un lifting ! (rires) Ce qui me rassure c’est que je suis toujours un grand amoureux. C’est l’histoire de ma vie, quand est-ce que ça va bientôt s’arrêter ! (rires) J’ai 51 ans ! Mais c’est ma vie en fait, pourquoi lutter ? Là je me sens bien, c’est un bon moment, apaisé.
Etienne Daho
Nous venons de finir ensemble un livre sur votre carrière où défilent vos 25 ans de carrière commentés par vous et 55 de vos collaborateurs. À présent que le livre est terminé, que ressentez-vous en feuilletant ces 600 pages ?
Etienne Daho
C’est assez bouleversant et en même temps très encourageant de voir que les gens ont aimé travailler avec moi. Je sais que toutes les expériences n’ont pas toujours été positives pour certains, mais globalement mon parcours est semé d’amour et d’amitié, ce n’est pas rien ! Mon travail est vraiment basé sur le plaisir d’aimer les choses. Ce n’est pas une posture, c’est la réalité, c’est la personne que je suis vraiment : j’adore partager avec les autres. Les gens ont eu du plaisir à travailler avec moi, à me côtoyer, à écouter mon travail, ça fait très plaisir. Le bouquin est sublime. Ca me paraît incroyable que vous ayez passé autant de mois avec moi, je trouve ça assez courageux ! D’ailleurs, je me demande maintenant si vous n’en avez pas marre de vivre avec Etienne Daho ! (rires).
Si vous étiez un espion pour une journée, que feriez-vous ?
Ce n’est pas du tout mon genre d’espionner les gens ! (après réflexion) En fait, j’ai une idée. J’aimerais bien espionner certaines réunions gouvernementales très secrètes pour entendre ce qui se trame au plus haut niveau de l’état, en France ou aux États-Unis. Découvrir la différence entre les vrais objectifs, les vraies discussions, les vrais problèmes et comment ils sont ensuite transmis et communiqués à la population ...
2008 : l’année Daho !
Etienne Daho sera présent sur tous les fronts en cette fin d’année et au cours de l’année 2008. Un album d’abord, L’Invitation, qui se décline en plusieurs versions. Une version simple avec 11 titres et d’autres "Deluxe" agrémentées de cinq titres en anglais. Une émission de télévision ensuite, diffusée le 15 décembre à 20h50 sur France 4, le Daho Show. Entouré de nombreux amis (Cassius, Vanessa Paradis, Sylvie Vartan, Marianne Faithfull, Alain Bashung…), Etienne interprète duos et chansons de son nouvel album. Côté livre, début décembre, les Éditions Tournon publie Etienne Daho, Portraits et Entretiens. Un beau livre de 600 pages écrit par Benoît Cachin et retraçant en images et en interviews la carrière d’Etienne de 1981à aujourd’hui. Reste la tournée française, belge et suisse qui débutera le13 mars pour s’achever pour une semaine à l’Olympia. Du 3 au 8 juin. Ouf !

Propos recueillis par Benoît Cachin - Photos: Frédérique Veysset.